À la belle de Mai
Ce dimanche, Jeanne & Benoît sont allés admirer les narcisses en fleurs à Orgevaux. En pleine floraison, la « neige de Mai » pare les pentes ensoleillées de ses plus beaux atours et offre aux promeneurs du dimanche une ballade dans les senteurs du printemps.
Bucolique, n’est-ce pas ?
Partis tout motivés, nos deux compères ont rapidement déchanté en voyant le peuple de crétins de tôle parlant anglais, schwiitzertüüüsch et français, courbés sous les panneaux demandant de ne pas marcher dans les prés en fleurs et de ne pas cueillir les narcisses, cueillant allégrement de gros bouquets qui trôneront sur la cheminée en marbre du salon. Et ce, pendant moins d’une semaine, avant de partir au mieux au compost, au pire, à la poubelle.
« Une belle brochette de t*** du c** ! » s’est énervé Benoît.
Jeanne-paix-sur-Terre-et-respect-de-la-nature s’en est allée préciser à un couple de Porrentruy « Ouh mais on n’est pas d’ici, on vient du Jura ! » que les narcisses étaient protégés et qu’il ne fallait pas les cueillir. « On a bien vu des panneaux au bord de certains champs, alors on n’a pas cueilli, mais là, on n’a pas vu de panneau, alors on s’est dit qu’on pouvait ! ». Le panneau en question, visible sur une photo, était derrière leur dos, à dix mètres, sur un poteau de téléphone.
Plus loin, dans le même champ, une famille bien-de-chez-nous cueillait trois brassées de narcisses, une pour la mère, une pour le père (de loin le plus rapide à la cueillette) et une pour la pré-adolescente. Quelques phrases échangées avec le père plus tard, la bonne dame nous passe à côté en disant à son mari : « Viens, on y va, ça sert à rien de discuter. » On peut au moins se dire qu’on a sans doute sauvé quelques bonnes brassées de narcisses au rythme où ils les cueillaient.
Le père : « Ah, vous êtes des écolos vrai-de-vrai ! Moi je suis membre de Pro Natura et du WWF, et ça ne fait rien de cueillir les narcisses. Ce n’est que quand les vaches les piétinent et les pâturent trop tôt qu’ils disparaissent. Ca fait 25 ans que je viens ici cueillir les narcisses et ça ne va rien changer. » Jeanne-respect-de-la-nature (et de moins en moins paix-sur-Terre) lui a répliqué qu’il était sûr que si lui cueillait des narcisses, ça n’allait rien changer, mais que si tous les touristes et les promeneurs ramenaient chez eux un bouquet, c’est certain que ses petits-enfants n’auraient plus le loisir d’en voir. « Ouais, mais on fait que couper les tiges et on ne prend pas les bulbes, alors ils repoussent ». Jeanne-plus-de-paix-sur-la-Terre-du-tout lui réplique du tac au tac que ce qui est sûr, c’est que ceux qu’il tient à la main, en boutons, ne risquent en tout cas pas de polliniser. « Ah, mais c’est que vous avez réponse à tout, vous ! Mais c’est vrai qu’ils ne risquent pas de polliniser » ajouta-t-il en regardant sa pauvre botte de boutons blancs. Jeanne-mort-aux-c**s lui a donc souhaité une bonne promenade.
Du coup, nos deux braves compères, quelque peu irrités (manière littéraire de dire qu’ils étaient « nom de Djeu de beau énervés ») ont continué leur ballade d’un bon pas, faisant tout de même de jolies photos qu’ils ont décidé de partager avec vous, cher lecteur.
Un appareil à se passer de l’un à l’autre, un magnifique objectif en prêt (merci Stéphane !), on ne sais plus au retour qui a fait quelle photo. A vous de voir.
Les photos de Jeanne & Benoît à la belle de Mai.